Téhéran avait prévenu que l’exécution du dignitaire chiite « coûterait cher à l’Arabie saoudite ». « Je ne doute pas que ce sang pur tachera la Maison [de la famille] Saoud et qu’ils seront balayés des pages de l’histoire », a déclaré le leader religieux iranien Ahmad Khatami, cité par l’agence iranienne Mehr.
« Le gouvernement saoudien soutient les terroristes et les extrémistes takfiri (sunnites radicaux) tout en exécutant et supprimant ceux qui le critiquent dans le pays », a déclaré de son côté Hossein Jaber Ansari, porte-parole du ministère des Affaires étrangères, cité par l’agence de presse Irna.
Samedi soir, Riyad a convoqué l’ambassadeur d’Iran pour protester contre les déclarations « agressives » de Téhéran, après l’exécution de Nimr Baqer al-Nimr, a indiqué le ministère des Affaires étrangères.
En Irak, Khalaf Abdelsamad, chef du bloc parlementaire du parti chiite Dawa – le parti du Premier ministre Haider al-Abadi – a exhorté le gouvernement à « fermer l’ambassade saoudienne en Irak, expulser l’ambassadeur et exécuter tous les terroristes saoudiens emprisonnés en Irak », en rétorsion, selon un communiqué de son cabinet.
L’influent imam chiite Moktada al-Sadr a invité les chiites d’Arabie et du Golfe à se mobiliser pacifiquement contre « les injustices et le terrorisme gouvernemental ». « J’appelle à des manifestations de colère devant les sites et les intérêts saoudiens et j’exhorte le gouvernement à renoncer à l’ouverture de l’ambassade saoudienne », ajoute-t-il sur son site internet.
L’ambassade saoudienne à Bagdad a rouvert le 15 décembre dernier, 25 ans après la suspension des relations entre les deux pays à la suite de l’invasion du Koweït.
« Un crime haineux »

Au Liban, le mouvement chiite du Hezbollah a pour sa part condamné « un crime haineux (perpétré) sur la base de fausses allégations, de lois corrompues et d’une logique pervertie qui n’a rien à voir avec la justice », selon un communiqué du mouvement.
Le Conseil islamique suprême du Liban, un organe chiite, parle quant à lui d’une « grave erreur ». « L’exécution du cheikh Nimr est la mise à mort de la raison, de la modération et du dialogue », dit le cheikh Abdel Amir Kabalan, vice-président du conseil, dans un communiqué.
Au Yémen, le mouvement houthi dit porter le deuil « d’un guerrier saint » exécuté « après une parodie de procès et en violation flagrante des droits de l’homme ». De nombreux manifestants se sont rassemblés dans le district saoudien de Katif, région de la côte est à majorité chiite qui a été le théâtre de violentes manifestations entre 2011 et 2013.
Soutien des puissances sunnites à Riyad
De leur côté, les puissances sunnites, dont plusieurs monarchies du Golfe, ont fait part de leur soutien à Riyad.
Le ministre des Affaires étrangères des ةmirats arabes unis, Cheikh Abdullah ben Zayed al-Nahyane, a exprimé le « soutien total » de son pays aux mesures de l’Arabie saoudite « pour faire face au terrorisme et à l’extrémisme ».
Bahreïn, qui subit lui-même une rébellion de la majorité chiite de sa population, a quant à lui affirmé soutenir l’Arabie saoudite sur « toutes les mesures nécessaires pour lutter contre la violence et l’extrémisme ».
Quelques dizaines de jeunes chiites bahreinis ont toutefois protesté contre l’exécution du chef religieux saoudien chiite dans des rassemblements sporadiques dans la banlieue de Manama.
Les 47 exécutions sont les premières de l’année 2016 dans ce royaume ultra-conservateur qui avait mis à mort 153 personnes l’année dernière, selon un décompte de l’AFP basé sur des chiffres officiels. Le nombre d’exécutions en 2015 a largement dépassé celui enregistré en 2014 (87).
Avec AFP et Reuters

